Article n°7 - Le tour du globe
Célébrations artistiques et reconnexions scientifiques.
Janvier - une vente extraordinaire.
En début d’année j’ai eu la chance d’exposer pour la 2ème fois au Tournois International de Go de Grenoble (TiGGre). J’ai retrouvé avec plaisir quelques connaissances, et apprécié à nouveau l’ambiance et l’esthétique des tournois de Go. Près de 70 tables en rangées, sur chacune un plateau et 2 bols de pierres.
A chaque tournois j’aime observer la beauté des pierres en verre noires et blanches sur les plateaux en bois, et le calme apparent qui cache les combats intérieurs, la concentration ultime pour certains, la décontraction déconcertante pour d’autres.
A cette occasion je me procure l’exemplaire n°166 de la Revue Française de Go. J’y trouve l’article que j’ai proposé d’écrire en novembre 2025. Une double page sur mon travail en développement. J’y parle du Go, des nombres, du jeu de la vie, de mes techniques au fil de laine et de mes projets scientifiques…
48 heures après ce tournois, je suis contactée par un joueur de Go américain. Il me demande si je peux faire un envoi aux États-Unis, car il souhaite m’acheter 8 toiles… Évidemment j’accepte, et le temps d’organiser cet envoi qui me semble alors irréel, je mets de côté :
Nombre d’or n°2 (2024), Ping (2024), Pong (2024), Go (2024, le tout premier mini Go), Huit (2025), La Partie du siècle (2025), Go 25.014 (2025), Glider 251 (2025).
J’en profite pour réorganiser mon espace de travail, j’installe un rangement plus adapté pour stocker les toiles et notamment les grands formats qui commencent à s’accumuler.
Février – retour en sciences.
Depuis 6 ans je rêve de revenir dans le milieu scientifique qui est en quelque sorte mon domaine de cœur, que j’ai quitté à la fin de mes études faute d’y trouver vraiment ma place. En utilisant des sujets scientifiques dans mes peintures, notamment des écritures mathématiques, des sujets de physique, des séries de nombres, je renoue un peu avec ces domaines qui me manquent.
De passage à Paris, je visite la Maison Poincaré, musée des mathématiques dans le 5ème arrondissement de Paris, installée dans l’ancien laboratoire de Jean Perrin non loin du Panthéon. Je fais le tour du musée, et je termine mon parcours dans un petit amphithéâtre. Sur les tableaux sont projetés des films documentaires à propos de mathématiciens, leur métier et leur sensibilité. Je m’installe sur un banc, je sors un cahier, et je prends des notes sur ces récits de passionnés. J’ai l’impression d’être étudiante à nouveau.
Mars – toiles dans les airs et pieds sur terre.
Dans la même semaine je finalise mon envoi pour les États-Unis, plus précisément en Arkansas, et j’envoie aussi 3 petites toiles de Go en Australie ! Je vaincs l’étape des douanes, non sans appréhension, pendant que la situation géopolitique rallonge les délais de livraison. Pendant plusieurs jours j’imagine mes 11 toiles en cartons dans des aéroports, dans des soutes, arriver sur des territoires où je n’ai moi-même jamais mis les pieds. Passer entre les mains de différents chauffeurs et livreurs, puis dans les mains de leurs nouveaux propriétaires.
En parallèle je précise ma démarche artistique avec l’envie naissante de questionner le travail scientifique et la place des sciences dans la société.
J’ai la chance de remettre les pieds dans un laboratoire scientifique et me connecter à des scientifiques via les réseaux sociaux.
Je me mets à écouter des conférences scientifiques, à lire des articles, à replonger dans les actualités scientifiques et la vulgarisation scientifique avec Etienne Klein, Carlo Rovelli, Aurélien Barrau, et d’autres. Mon cerveau se remet en marche.
En 2014, dans le cadre de ma licence de physique à Paris Diderot (aujourd’hui Paris Cité), j’ai fait un stage au laboratoire Physique et Systèmes Complexes. J’ai adoré l’ambiance du laboratoire, le bordel semi-organisé, les instruments techniques qui côtoient les mugs de café plus ou moins moches (pardon). Les installations qui me faisaient penser aux constructions que je réalisais en k-nex avec mon frère. Les écritures sur les tableaux, les symboles mathématiques omniprésents, et les logiciels étonnamment spécifiques.
J’aimais observer les cerveaux en actions. Écouter les discussions pleines de mots. Mais je ne comprenais rien. Moi j’étais bonne à comprendre un procédé et l’appliquer sans broncher, mais je n’avais pas le cerveau pour créer dans ce domaine. J’avais beaucoup d’imagination, mais pas celle qui collait avec ce travail de laboratoire.
J’ai mis 10 ans à découvrir ma créativité. Et quelques années supplémentaires à comprendre que je pouvais la relier aux sciences, dans la peinture.
Doucement je tisse donc mon lien entre les sciences et la peinture, un lien constitué d’éléments que j’avais longtemps négligés : l’amusement et la beauté.
Et quand le passé semble me rattraper pour le meilleur, une amie de licence me passe commande pour une toile.
Le temps est bon…
Je suis reconnaissante des opportunités et des apprentissages de ce premier trimestre riche en transformations, d’un point de vue personnel également.
Mon rêve de sciences et de peinture, je le touche enfin du doigt.
L’aventure continue.